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QUELQUES REMARQUES à l'usage des personnes "nassara"
qui veulent apprendre à parler (un peu) le zimé ...
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        Si l'on veut s'initier à une langue d'Afrique centrale, il faut baigner dans la culture ! Ainsi, on apprend à penser et à s'exprimer différemment. Par exemple, « j'ai heurté la pierre avec mon pied » se dit littéralement : « la pierre a frappé mon pied » (kuway' pum séman); autre exemple : « j'ai faim » se dit : « la faim me fait souffrir » (me' teen); « je suis en colère » (raw ran ye'), littéralement : « mon ventre brûle ».
        Comme les langues sémitiques, le zimé répugne à l'abstrait; c'est pas une langue pour les philosophes ou les techniciens; les mots ne sont pas « objectivés », ils sont liés autant à celui qui parle qu'à l'objet qu'ils désignent.
        Il y a peu d'adjectifs, d'où la difficulté de dire toutes les nuances qu'un occidental porte en lui et qui s'expriment par des mots; c'est sûrement parce qu'il a les mots qu'il a les nuances... Les adjectifs existants expriment les qualités élémentaires que même un enfant peut saisir, parce qu'elles sont constatables et lui semblent vrai. (grand, petit, lourd, sage, etc...) Si un adjectif exprime en français quelque chose se plus complexe, par exemple « éternel », on ne trouve pas d'équivalent en zimé; il faut donc utiliser une expression qui se sert d'un verbe et d'un adverbe par exemple : « qui dure toujours » (ma kuwa féfaë).
        Beaucoup de noms peuvent être utilisés comme verbe, ou vice versa; ce sont des verbaux-nominaux; par exemple :"ëe" (appeler/appel), " 'ya" (partir/dépard), "ta" (aller/démarche), etc...
        Il y a très peu de degrés de comparaison. (comparatif, superlatif : plus, mieux, moins, etc...)
        Le vocabulaire est réduit à l'essentiel : aux substantifs, porteur de l'acte, et aux verbes qui l'accomplissent; il n'y a pas de subtilités artificielles possibles; ainsi, pour dire « je veux, je désire, j'ai l'intention de , j'aime... » un seul verbe suffit : " wa' " (na wa' ). Par contre, il y a beaucoup d'idéophones qui colorent l'action de façon réaliste et parfois amusante; par exemple : "nda' na korkotok korkotok " : le cheval va au grand trop...
        Ces remarques ne veulent pas dire que c'est une langue pauvre; elle a tout pour exprimer les réalités humaines; comme l'hébreu, elle utilise un langage imagé. (paraboles, métaphores, images, proverbes ...) Pouvoir parler de cette façon, c'est vraiment entrer dans le génie de la langue, mais c'est ce qui est le plus difficile à un occidental !
        Les noms propres de villages, de personnes ont un sens et portent une histoire, un événement. les noms communs ne sont pas emprisonnés dans une signification abstraite. En français, tout l'effort du bien parler (style, grammaire) consiste à préciser les nuances intellectuelles du sens correspondant à chaque mot; en zimé, le contenu logique de chaque vocable importe peu; ce qui compte, c'est son pouvoir sur l'homme, l'émotion qu'il éveille en lui, l'tmosphère dans laquelle il le fait baigner.
        L'homme zimé s'installe et demeure toujours au centre du parler, de même qu'il est au centre de l'univers. Il devient la référence pour tout; Tout est vu aps rapport à lui, d'où la difficulté d'obtenir une façon objective, scientifique, de voir les choses.
        Le système verbal ne repose pas uniquement sur le temps. « Le temps n'est pas, comme il l'est pour nous, une sorte d'intuition intellectualisée, un "ordre de succession"... Il est senti qualitativement plutôt que représenté.» (Lévy-Bruhl) Il est moins objectif ou extérieur, mais plus intime et vécu. Il n'a pas de valeur absolue; il vaut par l'homme qui l'anime; il ne l'enferme pas; il le soutient, comme l'eau fait du poisson; il ne s'écoule pas dans un sens unique, comme sur un parcours piqueté et jalonné. Passé, présent, futur ne sont pas essentiels. Ce qui compte, c'est de dire si l'action est accomplie ou inaccomplie, avec les colorations « sentimentales » qui s'y rattachent; ainsi le temps verbal est affirmatif, optatif, dubitatif, jussif, prohibitif ... mais rarement objectif. Le temps n'a pas de valeur en dehors de l'homme qui le vit. Voilà qui désoriente l'apprenti du zimé, ou de toute langue « sémitique ». L'essentiel est de se familiariser avec les deux aspects verbaux : l'accompli et l'inaccompli.

        Pour l'occidental que je suis, il m'a été très difficile d'apprendre à parler le zimé (vun heëe). Il faut d'abord apprendre à bien pronocer des consonnes qui n'existent pas dans les langues européennes. (ä ë ñ sl zl)
        Ensuite, une fois ce premier handicap franchi, un autre reste à maîtriser : mette le bon ton là où il faut; c'est important pour marquer l'aspect verbal;
        Puis un troisième handicap m'a freiné longtemps dans mon apprentissage : chaque village a sa manière propre de parler, avec ses caractéristiques; c'étaient autant de variantes qui dans les premières années m'ont beaucoup déconcerté. (ainsi «nda» qui veut dire « elle » ou « ils/elles », quelques kilomètres plus loin, cela signifie « tu » au masculin !)
        Bref, si au bout de quelques années, je pouvais participer aux conversations, il m'a fallu 7 ans avant d'oser me lancer dans des discours publics ! Les gens me comprenaient, mais que de fautes de tons, je faisais !
        Un quatrième handicap existait : je n'avais aucune grammaire pour m'aider à comprendre la structure de la langue, les classes verbales, les conjugaisons, etc... Peu à peu, j'ai assimilé la grammaire. Je la connais maintenant, mais ne l'ai pas mise par écrit; j'en avais assez de faire un lexique. (Celui-là même sur ce site)
        Mais de tous les handicaps, celui qui me semble le plus important vient de la manière de parler, qui n'est pas accessible à un occidental s'il ne passe pas suffisamment de temps sur place. Il faut naître dans le milieu pour bien en parler la langue; cette naissance peut commencer à 25 ans; à 50 ans, à moins d'être très doué, la naissance sera très douloureuse !

        Bon courage à qui veut aller à Pala apprendre quelques rudiments de Zimé.
Pierre Court




Petit Dico :

« nassara »? (ou nazara) Qu'est-ce que cela veut dire ?

C'est un terme très souvent utilisé au Tchad pour définir un "blanc", comme on dit "toubab" en Côte d'Ivoire.
Pourquoi ? Cela viendrait des foulbés (?) qui appelaient ces gens curieux à la peau de cochon (blanc!) et qui
parlaient partout d'un certain "Jésus de Nazareth"... les premiers missionnaires... nazareth a donné nassara.
Voir aussi nasara dans le lexique.

« sémitique »? Qu'est-ce que cela veut dire ?
C'est relatif aux Sémites, différents peuples provenant d'un groupe ethnique originaire d'Asie occidentale, et parlant des langues apparentées qui sont appelées sémitiques. En fait, c'est tout un groupe de peuples vivant aujourd'hui en Asie occidentale et en Afrique. Voyez la carte qui vous montre les différentes familles de langues du groupe chamito-sémitique. (afro-asiatique)

« idéophone »? Qu'est-ce que cela veut dire ?
C'est un terme technique en linguistique. Un idéophone n'est pas un nom, ni un verbe, ni un adjectif, ni un adverbe... c'est quelquechose d'original que l'on retrouve parfois dans les langues européennes sous la forme d'onomatopées. Si on met "onomatopées" à la place d'"idéophone", on limite les idéophones, car ces idéophones ne sont pas toujours des onomatopées.
Idéophone : on pourait traduire par : « Mot qui représente des sons. »

« onomatopée »? Rappel :
"Création de mot suggérant ou prétendant suggérer par imitation phonétique la chose dénomé " dixit le Petit Robert. (atchoum, cocorico, pin-pon...)